En harmonie


Interview: Sepp Rinner; Photos: Gunther Stoschek

Sepp Rinner, chasseur professionnel, a été chanceux. Il travaille sur un territoire privé dont le propriétaire privilégie toujours la faune à la forêt. Cela ne surprendra personne puisque le propriétaire de ce territoire n’est autre que le baron von Cramer–Klett, fils de l’écrivain cynégétique allemand Ludwig Benedikt, baron von Cramer-Klett.

Il va sans dire qu’une exploitation forestière profitable est également importante pour son domaine privé. Naturellement, le baron von Cramer-Klett a tout intérêt à adopter un peuplement forestier en bonne santé et une stratégie de culture, à long terme et bien conçue. Toutefois, celui qui aura l’opportunité de jeter un oeil sur son territoire dans le Chiemgau, sera surpris de voir combien la forêt et la faune s’accommodent pourtant bien ensemble.

»Es geht vor allem um die großen Zusammenhänge. Keine Art – ob Baum oder Wildtier – kann allein für sich bestehen.«

Il y a cinq ans, Sepp Rinner prenait possession du territoire et poursuit aujourd’hui avec autant de passion le travail de ses prédécesseurs.
Toutes les parcelles ne sont pas forcément replantées car elles sont vitales pour le coq de bruyère et pour d’autres espèces gibier.
La régénération naturelle prend place partout, spécialement le mélange d’essences à feuilles caduques et de conifères (résineux).
Les sites détruits par les tempêtes demeurent les principales zones de chasse de Sepp Rinner.

Un peu étonnant pour tous ceux qui connaissent seulement la gestion des forêts d’Etat. Pour Sepp Rinner, la gestion du territoire Cramer-Klett est, en tout cas, une tâche extrêmement exigeante. D’autant plus qu’il est situé au cœur de la Bavière, réputée depuis fort longtemps pour ses conflits opposant les propriétaires forestiers aux chasseurs.

Pourtant, le baron von Cramer-Klett, grâce à son expertise, sa vision et son idéalisme, a réussi à créer un refuge favorable au cerf élaphe et au chamois ainsi qu’à de nombreuses autres espèces gibier dans une forêt mixte fonctionnelle, ce qui est plus qu’appréciable. Mais ses guides de chasse ont accompli quelque chose d’extraordinaire. Sepp Rinner, par exemple, qui contribue de manière substantielle à préserver un héritage important pour tous, dans une région réputée pourtant pour son tourisme fort. Gunther Stoschek a rencontré Sepp Rinner au début du mois d’août avec le ferme objectif de mieux connaître son concept.

Monsieur Rinner, en voyant l’état exemplaire de votre territoire alors que des cerfs y sortent en plein jour à proximité de sentiers très fréquentés, on se demande inévitablement qu’est-ce qui ne va pas dans de nombreux autres territoires?

Je ne peux ni ne veux évaluer les stratégies des autres. Qu’il y ait eu et qu’il y ait encore des zones à problèmes, bien sûr, je le sais. Je pense cependant qu’aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de chamois et de cerfs dans les Alpes bavaroises.

Il y a cependant des propriétaires forestiers et des entreprises forestières qui pensent exactement cela.

Oui, ce sont des zones dans lesquelles des dégâts d’abroutissement sont signalés. Dans les parcelles de régénération des forêts de protection, c’est tout à fait possible, notamment parce que ces zones sont situées dans des zones escarpées exposées au sud, où le gibier aime être. C’est aussi là où il est le moins dérangé par les humains.

L’appel à un quota de chasse plus élevé est-il donc justifié?

Sûrement pas ! La chasse intensive peut en effet augmenter les dégâts. Et peut-être, dans le passé, l’établissement de ces parcelles de régénération a été trop important. Certaines de ces zones calmes sont particulièrement vitales pour de nombreuses espèces car elles sont ouvertes et non boisées.

De quelles espèces parlez-vous?

Outre d’innombrables insectes et autres micro-créatures, c’est surtout le grand tétras qui a besoin de ces grands espaces dans les zones calmes. Lorsque vous prenez des décisions, vous devez toujours prendre en compte l’ensemble de la situation. Et en ce qui concerne le chamois et le cerf élaphe, je suis agacé par le fait que ceux qui évaluent généralement leur présence trop élevée expriment très rarement des demandes telles que l’augmentation du niveau des prélèvements – de façon ouverte au grand public, c’est-à-dire les touristes car cela ne serait pas accueilli avec sympathie. Et je ne parle même pas de la chasse en période de fermeture, au plus profond de l’hiver.

Tous les dégâts ne sont pas causés par le cerf ou le chamois. Dans ce cas précis, le lièvre de montagne est le coupable.

Parlez-vous aux cyclistes ou aux marcheurs rencontrés sur votre territoire ?

Tous les jours ! Ces rencontres ne sont pas hostiles car je recherche ces discussions. En fait, les gens sont vraiment reconnaissants si vous leur transmettez quelque chose. Sur notre territoire, ils voient souvent des cerfs pendant la journée et il y a toujours quelque chose à raconter, des questions auxquelles il faut répondre. On me demande souvent pourquoi nous nourrissons le gibier en hiver, alors que nous le tirons en été. Que ce soit nous, les humains, qui avons enlevé l’habitat original du cerf pendant l’hiver, la plupart des gens ne le savent pas. Ce fait, qui est malheureusement à l’origine des nombreux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui, est généralement ignoré par ceux qui réclament un quota de chasse plus élevé.

 

Motif de carte postale, le Kampenwand avec de très vieux hêtres au premier plan.
Sepp Rinner fait confiance à sa R8 Professionnel Success. Le silencieux l'aide à chasser en douceur.

Monsieur Rinner, la thèse de la forêt avec du gibier fonctionne bien sur votre territoire. Quel est le secret de cette réussite?

Oui, malgré un nombre élevé de chamois et de cervidés comme dans beaucoup d’autres régions, notre forêt est en bonne santé. En fait, il y a eu une augmentation nette de la population de grand tétras. Cela signifie peut-être un peu plus de travail, mais cela fonctionne, si on est idéaliste. Mon patron, le baron von Cramer-Klett, en est sûrement un.

Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Nous chassons autant de chamois que possible pour maintenir la population stable. Un travail plus grand est nécessaire avec le cerf élaphe, espèce beaucoup plus sensible. Nous souhaitons qu’il reste visible pendant la journée. Nous en profitons tout comme les touristes aussi. Cela signifie par contre que nous ne le chassons presque pas sur les pâturages alpins. Ainsi, il ne commet aucun dommage. Et pendant l’hiver, nous le nourrissons à trois endroits différents afin de le diriger en conséquence.

Mais quand et comment chassez-vous le cerf?

La bichette et le daguet sont généralement toujours aux côtés de la biche sur notre territoire en juin. Si nous les tirions, alors la perturbation serait trop grande, avec toutes les conséquences négatives connues. Je chasse donc de mi-octobre à mi-décembre dans plusieurs places raisonnablement ouvertes de la forêt où le gibier change le matin de remises.

Mais alors le cerf devrait connaître le danger?

Oui, c’est pourquoi il faut être très discret. La stratégie de chasse est de la plus haute importance. Le matin, la lumière est bonne, de sorte que l’on peut très rapidement et avec une grande certitude identifier le bon sujet lorsque le cerf arrive. Il aime aussi rester un peu plus longtemps dans les espaces ouverts. Donc, si trois ou quatre cervidés doivent être prélevés, il y a de bonnes chances de réussir à les tirer tous. Cela doit rester l’objectif, car le cerf apprend et s’adapte très vite. Si une harde plus importante arrive, je ne tire jamais. Avec une parfaite connaissance du gibier et de la météo, on peut depuis un mirador et en relativement peu de fois, remplir le nombre de tir requis. En deux ou trois sorties avec des chasseurs expérimentés, la chasse est généralement terminée. Ceci, malheureusement, n’est pas valable avec des débutants.

»Die richtige Jagdstrategie ist entscheidend ! Das bringt wesentlich mehr als ständiger Jagddruck.«

Sepp Rinner présente fièrement la biodiversité de la population d'arbres.
À proximité immédiate des sentiers et des touristes, vous pourrez voir le cerf élaphe se restaurer. Preuve que le concept de faible pression de chasse fonctionne.

Comme nous l’avons vu, vous utilisez un silencieux avec votre R8. Est-ce que cela vous aide lorsque vous devez tirer deux cerfs?

J’ai le silencieux uniquement pour protéger mes oreilles et celles de mon chien. Je connais trop de chasseurs avec de graves problèmes d’audition. Mais je dois admettre que le silencieux peut aussi aider à la chasse. Bien entendu, le gibier entend tout comme nous le coup de feu, mais d’après mon expérience, il lui est difficile de savoir d’où vient le tir. Cela donne la capacité de tirer un certain nombre de cervidés. Mais je souhaite souligner que le plus important pour les chasser est d’avoir la stratégie de gestion la plus juste. Sans elle, de nombreuses erreurs sont commises. Bien sûr, vous pouvez toujours augmenter la pression de chasse. Mais si vous ne le faites pas correctement, cela provoquera souvent plus de dégâts. Et, malheureusement, cela est rarement mentionné !

Le gibier visible est notre concept. Lorsque les gens ne représentent pas quelque chose de négatif pour le gibier, alors il reste de plus en plus dans des espaces ouverts – son milieu d’origine – et épargne la forêt.